L’intimidation fait mal : agissons!

Publié par Lucie Bélanger

Première partie

L’intimidation est malheureusement un sujet à la mode. Il eut fallu de tristes histoires, comme des suicides d’adolescents et d’adultes, pour que les gouvernements, les gens en général reconnaissent l’ampleur du phénomène de l’intimidation chez nos jeunes, mais aussi dans la société. L’intimidation fait mal à tout le monde et c’est maintenant illégal! Peu importe la forme d’intimidation et de cyberintimidation, elles ont toutes des conséquences humaines et peuvent maintenant avoir des conséquences légales.

L'intimidation fait mal, nous devons agir et arrêter cette problématique

L’intimidation est présente dans tous les milieux. On la retrouve dans les corridors de l’école, en classe, sur le terrain de jeu, dans la rue, au travail et même à la maison entre frères et sœurs. Avant de parler des moyens pour aider les enfants et les adolescents pris dans une situation d’intimidation, il est important et nécessaire de s’entendre sur une définition commune. C’est devenu facile de dire que tous les gestes d’agressivité, de dénigrement, d’harcèlement sont des gestes d’intimidation.

Pour qu’il y ait intimidation il doit y avoir en même temps la présence des trois éléments suivants :

  • – L’intimidation est un geste, une intervention ou un commentaire qui est fait dans le but de blesser. C’est une situation qui menace, humilie ou frustre la victime. L’intimidation suscite un sentiment de détresse chez la personne qui la subit. Elle n’est pas une simple blague mal exprimée, un conflit, un accident ou une taquinerie.
  • – C’est donc une action faite dans le but de blesser et qui est répétitive. Le geste d’intimidation se produit régulièrement envers la même personne en prenant toutes sortes de formes. L’intimidation peut être directe ou indirecte. L’intimidateur entre directement en relation avec la personne par des insultes, des paroles blessantes, des menaces. Indirectement, avec des rumeurs et la cyberintimidation (internet et réseaux sociaux) ou encore avec le non-verbal par des regards, la mise à distance et le rejet. Cette forme indirecte blesse tout autant et parfois même davantage.
  • – Le dernier élément important pour parler d’intimidation, c’est que le geste se vit dans une relation où le rapport de force est inégal. Cette inégalité enfonce le plus petit, le moins populaire, le différent dans sa position d’infériorité, et entretient l’intimidateur dans la position de pouvoir malsain.

L'intimidation se produit partout, même sur internet

Avec ce premier texte sur l’intimidation, je m’attarderai sur la situation de l’intimidateur, parce qu’il est important de mettre en lumière la souffrance et les difficultés émotives que vit celui-ci et qui le font avoir ce comportement.

Nous avons souvent le réflexe de croire que la personnalité de l’agresseur est la principale cause des cas d’intimidation et que la punition à elle seule va arrêter son fonctionnement. Cette approche punitive n’aidera pas l’adolescent à saisir pourquoi il agit de la sorte. Oui, il doit y avoir une conséquence car le geste commis a des répercussions graves sur sa victime. Mais pour changer vraiment, le jeune intimidateur a surtout besoin de développer de l’empathie envers la détresse qu’il fait vivre à sa victime.

Pour accompagner un adolescent bourreau vers un changement créateur, il faut absolument lui permettre un espace relationnel de communication authentique et non culpabilisante où il pourra prendre conscience des blessures qu’il porte et qui le font agir ainsi. Cette démarche peut lui faire vivre de la honte, de la culpabilité, de la tristesse. Il aura souvent besoin d’être accompagné par un professionnel. Avec l’accueil non-jugeant d’un thérapeute à l’égard de son fonctionnement de bourreau, l’intimidateur se sentira important de façon saine et il apprendra, en ressentant mieux ses émotions, à développer de l’empathie envers lui-même et envers sa victime.

Dans mon travail de thérapeute avec les adolescents intimidateurs, j’ai été sensible d’entendre combien ils ont besoin de se sentir importants et reconnus. Ils ont besoin de partager, d’être entendus dans ce qu’ils vivent de difficile. En les écoutant, j’ai été touchée d’entendre leurs expériences passées en lien avec le rejet, leur souffrance profonde et intense de manque de reconnaissance, d’abandon et d’infériorité.  D’où leurs désirs d’être populaires et admirés.  Le thérapeute qui travaille avec l’Approche Non-Directive Créatrice (l’ANDC), place l’expression émotionnelle au centre de la relation thérapeutique. Il aidera l’adolescent intimidateur à prendre conscience des liens qui existent entre ses blessures et son fonctionnement. En devenant plus sensible à ses blessures, ses manques et ses besoins, l’intimidateur sera plus en mesure de se responsabiliser afin de trouver des moyens adéquats pour satisfaire ses besoins affectifs autrement que par l’intimidation.

Que faire si notre enfant est l’intimidateur?  Le parent doit éviter de banaliser ce qui s’est passé (geste, parole, cyberintimidation). Il doit valider la souffrance des victimes, affirmer son désaccord et exiger un changement d’habitude. Et parfois discuter avec son jeune d’une conséquence mais aussi de la possibilité d’avoir de l’aide psychologique pour l’aider à comprendre et changer son fonctionnement.

Étant impliqué émotionnellement avec leurs enfants, c’est parfois difficile pour les parents de s’assumer pleinement comme autorité et d’accueillir les comportements inacceptables de leurs adolescents.  Ils peuvent se mettre en colère et vouloir les rejeter d’où l’importance d’aller chercher de l’aide lorsque cela s’avère nécessaire. L’ANDC est une approche qui place les émotions et le fonctionnement relationnel au centre de la relation thérapeutique. Elle est tout à fait appropriée pour favoriser un changement chez l’adolescent intimidateur et aider le parent à demeurer une autorité sensible.

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